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XIII – Dernier Round

Jean Van HammeJean Van Hamme revient pour le dernier tome Le Dernier Round qui constitue le dénouement de cette BD au succès colossal, mais aussi sur les moments forts d’une aventure qui aura duré près de 25 ans. Générique de fin !

L’épilogue de la série : Tome 19, Le Dernier round – Un héros qui s’efface

« XIII est plutôt en retrait dans cet épisode. Il ne lutte plus contre une menace de mort ou pour échapper à une condamnation. Son seul but est de retrouver son identité. En cette fin d’aventure, il n’est plus vraiment un héros magnifique. »

Les femmes au pouvoir

« Qu’elles soient du bon côté comme Jones, à moitié du bon côté comme Jessica ou carrément du mauvais comme Felicity et Irina, elles mènent incontestablement la danse. J’aime les femmes fortes, intelligentes qui sont de vrais partenaires pour les hommes. Je me sens moins d’affinités avec les bonnes mères de famille s’occupant des enfants et disant toujours oui à leur conjoint. Je ne pense pas qu’une femme d’action puisse finir sa vie en reprisant des chaussettes, fût-ce face à l’Atlantique. En fait, j’aime les femmes et les hommes qui ont une personnalité. »

L’Amérique en question

« L’image de l’Amérique se fissure de plus en plus. Nous ne sommes plus dans les années cinquante où l’on avait encore frais en tête le souvenir des Américains venant nous délivrer des Allemands. Finie la belle image « chewing-gum, Coca-Cola et boogie-woogie ». Aujourd’hui l’Amérique a un vrai problème de maturité, de croissance, d’identité. Les Américains ne savent plus très bien s’ils sont les bons ou les méchants. »

Histoire d’une saga

L’arrêt de la série

« Il faut savoir arrêter une histoire quand on a l’impression d’être arrivé au bout d’un long cycle. Il ne faut pas la continuer artificiellement pour une simple raison materielle. Il est possible que ce soit une première. Je préfère agir ainsi de mon vivant. Qui n’ a jamais rêvé d’assister à son enterrement ? Je me paie un fantasme que peu de gens peuvent s’offrir. Je désirais récupérer du temps pour d’autres projets. XIII était devenu un jeu qui consistait à tirer des ficelles auxquelles le lecteur ne s’attendait pas. Tout jeu doit avoir une fin. Je voulais simplement terminer cette belle aventure en apothéose ».

Ses albums préférés

« Il y en a deux, Le dossier Jason Fly et La Nuit du 3 août, seul moment de l’aventure ou XIII est vraiment à la recherche de son passé. Ce dyptique présente aussi mon personnage féminin préféré, la pharmacienne Judith. Un personnage direct, cynique, franc. Le genre de femmes qu’on aimerait connaître. La Nuit du 3 août est bâtie comme une pièce de théâtre, avec unité de lieu, de temps, d’action. Dans les autres albums, XIII passe son temps à se demander « D’où viens-je, qui suis-je ? ». Ici, il y avait une vraie recherche d’identité et c’était formidablement intéressant ».

Son complice, William Vance

« Je n’ai jamais oublié qu’en 1984, lorsqu’il a accepté de dessiner Le Jour du Soleil Noir, il était déjà un auteur célèbre et moi un total inconnu ! Il passe au moins un mois et demi à rassembler sa documentation avant d’attaquer le dessin. Il sera attentif au moindre détail, aux galons, à la place des fourragères… Peu de dessinateurs connaissent l’Amérique aussi bien que lui sans y être jamais allé. Mon rêve est de le convaincre de m’y accompagner maintenant que notre histoire est bouclée. Il pourrait ainsi vérifier à quel point le pays réel correspond à celui qu’il dessine ».

Ses projets à venir

« Je continue d’écrire les aventures de Largo Winch et de Lady S. Je travaille sur un projet de téléfilm se déroulant dans les Indes françaises sous Louis XIV. Je travaille également à un scénario tiré de mon roman Le Télescope. Un one shot de 70 ou 75 planches dont je ne connais encore ni le dessinateur ni l’éditeur. Un sujet totalement inhabituel pour moi : on y voit cinq sexagénaires s’apercevant qu’il est temps de commencer à vivre ».

Portrait réalisé en octobre 2007 publié sur le site www.decitre.fr

Là où le regard ne porte pas

Quitter les brumes londoniennes pour la brise méditerranéenne et faire fortune en Italie, tel était le projet d’Alex, mari aimant et père de William et Justine. Tout commencerait dans la petite ville portuaire de Barellito, sur la propriété des Di Castagnedi, héritage de William. Le capitalisme, voilà ce qu’il manquait à cet endroit paradisiaque ! Cela débutera avec un bateau de pêche à vapeur, puis un second… et bientôt Alex mettra sa petite famille à l’abri du besoin. Un doux rêve que ne partageront malheureusement pas les villageois de Barellito. Seule Lisa semblait attendre avec impatience l’arrivée de la famille londonienne, et celle de William plus particulièrement. Mais comment la petite fille avait-elle prévu la venue de celui qu’elle présentera à ses deux amis, Paolo et Nino, comme le « quatrième » ? Où le regard ne porte pas est, dès le départ, un titre pour le moins énigmatique qui livrera son secret dans son second et dernier tome. On est tout de suite captivé par le vertige d’une couverture qui ne laisse rien filtrer du contenu du récit. Le charme commence à opérer et déjà vous pouvez entendre le roulis des vagues… ou bien ne serait-ce que le bruissement des pages ?

Le dessin d’Olivier Pont est élégant et expressif. Les personnages, même si leurs visages manquent parfois de régularité, possèdent de ces traits qui marquent le lecteur ; fermés et secs lorsqu’ils dépeignent Marallo, jovials et ronds quand ils appartiennent au père de William. Les décors sont aussi l’un des points forts de ce album. Certaines pauses, contemplatives, permettent au lecteur de s’attarder un instant au niveau d’une coccinelle sur son brin d’herbe. Pont introduit ici une sorte de respiration graphique qui s’accorde parfaitement avec la douce torpeur du récit. Les nuances de bleu et de grès sont stupéfiantes. Le travail de J-J Chagnaud est sur ce point remarquable. L’ambiance méditerranéenne est plantée dès les premières planches. La végétation, les bâtisses délabrées, le travail sur les éclairages, tout inscrit de manière crédible ce récit dans une Italie du début du siècle. Esthétiquement, et sans être une révolution, Où le regard ne porte pas est une vraie réussite. On se laisse facilement mener par le rythme nonchalant du récit de Georges Abolin. Les dialogues sonnent juste, à l’image de cette conversation sur Dieu au pied de l’église entre William et son père. Tout semble mesuré et harmonieux. A l’instar du dessin, il n’y a rien d’extraordinaire et c’est sans doute là tout le charme de ce titre : créer un récit crédible et séduisant sans autre artifice que celui de l’authenticité. Il y a un peu de Pagnol dans cette histoire. Au récit de la reconversion du père en marinier viendra se greffer l’aventure mystique de William, Lisa, Paolo et Nino. Peu d’indices sur cette dernière si ce n’est une série de visions sans aucun rapport avec la trame principale. Beaucoup de mystères sont révélés lors du deuxième tome. A noter le tragique de certaines scènes contrastant beaucoup avec l’atmosphère ’bon enfant’ des premières pages. Les thèmes de la peur de l’autre et de l’ostracisme sont à ce propos traités avec beaucoup de justesse et d’humanité.

Où le regard ne porte pas est donc un album qui se lit avec beaucoup de plaisir et dont on sort à regret, rêveur et un peu euphorique.

Chronique tirée du site http://BDGest.com